> Les films mobiles
27.02.2009A nouvelle technologie, nouvelle esthétique. Il y a quatre ans, le Forum des images, à Paris, lançait la première commande suivie du premier festival de films réalisés à l’aide d’un téléphone portable. Depuis, beaucoup de manifestations audiovisuelles font une place à la programmation de ces courts métrages tournés avec des mobiles 3G, un outil qui a démocratisé la production de films, l’a mise dans la poche de tous. En Californie, l’engouement pour ces micro-films à regarder dans le creux de la main a déjà été baptisé «celli-wood».Retour donc sur les œuvres qui ont marquées cette nouvelle industrie :
On se souvient en 2006 de SMS Sugar Man, de Aryan Kaganof , le premier film entièrement tourné avec des téléphones portables.
Ce réalisateur sud-africain nommé Aryan Kaganof a imaginé SMS Sugar Man, un film tourné en 11 jours. Sa particularité : il a été entièrement tourné avec des téléphones mobiles, 8 plus précisément. Le film, raconte le parcours d’un proxénète et deux prostituées dans les rues de Johannesburg à la veille de Noël, est toujours disponible sur les mobiles en 30 épisodes de 3 minutes chacun. Il aura coûté moins d’un million de rands (135.000 euros), en comparaison avec les 6 millions de rands (810.000 euros) habituels pour une oeuvre à petit budget dans son pays, ou les 40 à 50 millions de dollars (33 à 41 millions d’euros) pour une oeuvre hollywoodienne. Un investissement bien faible pour le secteur donc.
Michelle Wheatley, la productrice avait d’ailleurs simplement expliqué son objectif : » Nous voulions faire un film radicalement peu cher pour montrer que tout le monde peut le faire. «
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Le cinéma à portée de tous donc. Deux réalisateurs italiens ont suivis avec Nuovi Comizi D’Amore (New Love Meetings), long métrage tourné aussi avec un simple téléphone portable ! En effet, Marcello Mencarini et Barbara Seghezzi proposent de suivre les traces de Pier Paolo Pasolini en reprenant la même approche documentaire que le réalisateur avait développé en 1965 dans Enquête sur la sexualité. Munis d’un téléphone portable équipé d’une fonction vidéo, ces deux italiens visionnaires se sont ainsi promenés dans les rues pour interpeller des passants qui ont gentiment accepté de donner leur vision sur la sexualité et les valeurs italiennes.
L’idée de tourner avec un téléphone portable vient d’un simple constat : les nouvelles technologies permettent aujourd’hui à chacun de pouvoir s’exprimer à travers les images. Ainsi, pour les réalisateurs, « Ne pas tourner un film, c’est finalement n’avoir rien à dire. » C’est ainsi que pour montrer que le cinéma est finalement à portée de tous, les réalisateurs ont adopté le moyen le plus simple, le plus intuitif pour capturer des images : un simple téléphone portable. Bien que l’utilisation de cet appareil est aujourd’hui inconcevable pour le tournage d’un film traditionnel, les réalisateurs ont profité de certains avantages : liberté des horaires de tournage, liberté dans les prises de vue, peu de financements nécessaires… Les deux réalisateurs ont par ailleurs entrepris seuls le tournage et le montage de ce documentaire.
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SFR, en 2006, est allé jusqu’à proposer la première série humoristique « Plein le casque », en 35 épisodes d’environ deux minutes, conçue spécialement pour le mobile. « Plein le casque » met en scène deux commentateurs de football à la télévision, un vieux routier râleur (Tom Novembre) et un ancien sportif enthousiaste devenu consultant (Denis Ménochet), dont on découvre les échanges pendant les coupures pub, alors qu’ils pensent que personne ne les écoute. « Plein le casque » est une série créée par Alain Kappauf (« Caméra Café », Kaamelott »).
Les marques de téléphonie ont vite pris le train en marche, le département de R&D de Vodafone a sollicité le duo d’artistes M+M (Marc Weis et Martin de Mattia) pour imaginer un film tourné spécialement pour le portable. En collaboration avec la Hochschule für Gestaltung und Kunst (école d’art et de design) de Zürich, ils ont réalisé Song für C , une série criminelle (en allemand) dont le prototype était présenté au Filmfest de Münich ainsi qu’à l’Ars Electronica, festival d’art numérique autrichien.
La trame tient en quelques mots, un père antipathique engage une détective sexy Ellen Kramer pour épier sa fille de 18 ans Clara, qui disparaît subitement. Quotidiennement, le spectateur découvre via des appels réguliers sur son téléphone les pièces du dossier accumulée par la détective : un enregistrement de l’appel qu’elle a passé à Tom, obscur musicien dont Clara est amoureuse, une vidéo anonyme où elle se fait suivre par un inconnu, etc. « C’est comme si le spectateur était un voyeur qui observait toute l’intrigue à travers le portable de la détective », explique l’un des réalisateurs sur Ecran.fr.
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Plus récemment, le cinéaste Denis Villeneuve, admiré à Cannes et à Berlin pour ses films Un 32 août sur terre et Maelström, remportait à Barcelone un prix passé ici à peu près sous silence. Il a gagné ce qu’on pourrait considérer comme l’Oscar du meilleur court métrage, dans un événement uniquement consacré aux films réalisés à l’aide d’un téléphone portable, le Global Mobile Award. Deux minutes pour parler de séduction, avec pour seules armes un cellulaire en main et Alexis Martin comme comédien.
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« J’aimerai partager le printemps avec quelqu’un » de Jospeh Morder est le premier long métrage à être sortie en salle. Ce long métrage est une initiative du Festival Pocket Films. Benoit Labourdette, coordinateur général du Festival avait confié à Jospeh Morder un portable avec caméra pour réaliser un long métrage. Pourquoi ? C’est Joseph Morder qui donne la réponse: « la grande question que pose ce projet est la découverte de ce qui peut devenir un nouveau langage cinématographique. »
En 2008, même la chaîne Arte diffusait « Caméra de poche », une collection de films de portables lancée par le Forum des images et le Festival Pocket Films (encore).10 courts métrages de 5 minutes tournés sur mobile sur le thème de « mes 20 ans » confiés à 10 réalisateurs. Une démarche au croisement du cinéma et des dernières avancées technologiques afin d’explorer et d’expérimenter ce nouveau champ de création.
Dernière actualité en date, Le Mobile Film Festival, qui présente chaque année une sélection de 50 films d’une minute tournés sur mobile, vient de remettre ses prix à quelques jeunes talents qui étaient sélectionnés pour cette édition 2009. Présidé par Claude Lelouch , le jury a ainsi décerné les prix suivants :
Prix Spécial du Jury pour Menace II Mobile, de Soun Dembele
Prix du Film le plus esthétique pour Bois d’amour, de David Taylor
Prix de la meilleure utilisation technique du mobile pour Element, de Ugo Vital Durand
Prix du meilleur acteur pour Repetes et … Repetes…, de et avec Michael Siar
Prix de la meilleure actrice pour Reflets, d’Anthony Faye et avec Lisa Terrio
Prix du meilleur plan séquence pour Faire le mur, de Baptiste Kasprowiecz
Prix du meilleur scénario pour Le Dernier jour d’école, d’Aurélien Nevers
Prix du meilleur film mobile pour Mon quart d’heure, de Yohann Delozier
Le prix spécial du public, décerné par les internautes ayant voté pendant un mois sur le site officiel, est pour sa part revenu à Blitz Krieg, de Morgan Simon.
Pour visionner tous ces films, cliquez ici .
D’ici 2010, 25 % de l’industrie du divertissement transitera par le téléphone sans fil, selon mobilecrunch.com, un site dédié à l’industrie de la téléphonie mobile. Et l’industrie du film s’y prépare de pied ferme.
Avec des revenus de 1,3 milliard de dollars en 2007, le marché de la publicité sur téléphone cellulaire force les fournisseurs, qui se disputent cette manne, à améliorer sans cesse leurs contenus. Le contenu visuel sur cellulaire, films et télé, monopolise déjà à lui seul le tiers du gateau publicitaire. D’ici 2013, le marché de la pub liée à la télé et aux films sur cellulaire devrait atteindre 2,5 milliards. (Même al-Qaida s’est mis au goût du jour, offrant la possibilité de télécharger ses vidéos assez pointues directement sur cellulaire!)








